Anniversaire du soulèvement Tibétain du 10 mars 1959

le Dr Lobsang Sangay a été élu démocratiquement par les tibétains en exil.
Depuis 2011 il remplacce sa Sainteté le Dalai Lama sur un plan politique.
DÉCLARATION DU DR LOBSANG SANGAY, 1er Ministre  TIBETAIN, À L’OCCASION DU
54ème ANNIVERSAIRE DU SOULÈVEMENT NATIONAL TIBÉTAIN
À cette date, en 1959, des milliers de Tibétains de toutes origines et venant des trois régions du Tibet (U-Tsang, Kham et Amdo) convergeaient vers Lhassa pour résister et protester contre l’invasion et l’occupation chinoises du Tibet. Nous sommes les enfants de ce moment aussi tragique qu’historique de la riche et unique histoire bimillénaire du Tibet. Aujourd’hui, nous nous réunissons ici pour renouveler notre engagement dans le courageux combat initié par l’altruiste génération qui nous a précédés. La soif de liberté qui les a poussés à entreprendre les événements historiques du 10 mars 1959 est désormais un phare dont la lumière guide aujourd’hui notre lutte pour la protection de notre liberté, de notre dignité et de notre identité.
L’incessant cercle vicieux de la répression et du ressentiment au Tibet se manifeste à travers l’effroyable nombre de Tibétains s’immolant par le feu. Depuis 2009, 107 Tibétains se sont ainsi sacrifiés, dont 28 pour le seul mois de novembre 2012, juste avant et pendant le 18ème Congrès du Parti communiste chinois. Hélas, 90 d’entre eux sont morts désormais. Un tel prix est sans précédent dans l’histoire mondiale récente. Si les immolés sont majoritairement des moines, des Tibétains d’autres horizons figurent également parmi eux (nomades, paysans, enseignants, étudiants), venant des trois provinces tibétaines : U-Tsang, Kham et Amdo, y compris de Lhassa, la capitale. Nous dédions cette journée à tous les auto-immolés et ceux qui sont décédés pour le Tibet.
L’occupation et la répression menée par le gouvernement chinois au Tibet sont les causes premières qui poussent des Tibétains à s’immoler. Les Tibétains subissent et constatent l’assaut continuel de la Chine sur la civilisation tibétaine, sur son identité et sa dignité mêmes. Ils éprouvent un profond ressentiment envers la diabolisation chinoise de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Ils s’alarment face aux flots de colons chinois qui arrivent au Tibet, investissant les emplois, la terre et l’avenir même des Tibétains et ce faisant, transformant les villes tibétaines en enclaves chinoises. Ils s’opposent aussi au déplacement de centaines de milliers de nomades des pâturages vers des ghettos permanents, réduisant des familles jusque là autosuffisantes à la pauvreté. Ils sont témoins d’activités de développement de type colonial envoyant les ressources naturelles tibétaines dans les mâchoires d’une Chine affamée à hauteur de milliards de dollars. Ces politiques pourraient donc mener à conclure que la Chine veut le Tibet mais pas le peuple Tibétain.
Pourtant, lorsque les Tibétains répondent à ces violations ne serait-ce que par le biais de protestation la plus légère, ils encourent un emprisonnement prolongé, la torture, l’humiliation publique voire la disparition entre les mains des forces de sécurité. L’interdiction de  manifestations pacifiques et la dureté des sanctions forcent les Tibétains à l’immolation. Ceux-ci préfèrent la mort au silence et à la soumission au gouvernement chinois. Les récentes tentatives par les autorités de criminaliser les immolés et de persécuter leurs familles et leurs proches via des jugements fantoches vont immanquablement prolonger le cycle des immolations, de la persécution, générant encore davantage de sacrifices humains.
Par le biais de divers médias, le Kashag lance des appels réguliers et tente de catégoriquement dissuader les Tibétains du Tibet de s’immoler en guise de protestation. La vie est précieuse et nous ne souhaitons pas que des êtres humains meurent de telle manière. En tant que bouddhistes, nous prions pour les âmes des défunts. En tant que Tibétains, notre mission sacrée est de soutenir les aspirations des Tibétains du Tibet : le retour de Sa Sainteté le grand Dalaï Lama au Tibet, la liberté et l’unité des Tibétains.
Que la Chine cesse enfin son intransigeance dans sa politique tibétaine et respecte les aspirations des Tibétains est la seule manière de mettre un terme à cette situation grave et brutale.
Le Kashag est pleinement engagé dans la « Voie du Milieu », qui prône une autonomie réelle pour les Tibétains, afin de résoudre la question du Tibet. Sa Sainteté le XIVèmeDalaï Lama a démontré que c’était là, l’approche la plus viable et la plus durable. Après des délibérations attentives, le Parlement tibétain en exil a unanimement adopté la « Voie du Milieu ». Celle-ci reçoit également le soutien des Tibétains du Tibet et de la diaspora, de même qu’elle a acquis celui d’importants gouvernements étrangers, de dirigeants internationaux et de lauréats du Prix Nobel. De surcroît, elle a reçu un écho auprès d’un nombre croissant d’intellectuels, de spécialistes et d’auteurs chinois.
Actuellement, le Kashag espère que les nouveaux dirigeants chinois verront dans cette pragmatique approche politique, liant les intérêts tibétains et chinois, une issue « gagnant-gagnant ». En 2002, la reprise du dialogue entre les dirigeants tibétains et chinois a laissé les Tibétains espérer une résolution pacifique de la question tibétaine. Malheureusement, cet espoir a été ébranlé par l’impasse actuelle dans laquelle se trouve le processus de dialogue.
Le problème du Tibet n’est ni constitutionnel ni institutionnel pour le gouvernement de la République populaire de Chine. Selon l’article 31 de la Constitution de la RPC, la Chine a créé un mécanisme institutionnel distinct « d’un pays, deux systèmes » pour Hong Kong et Macao. Les dirigeants chinois ont aussi manifesté la volonté politique en formant un comité de niveau ministériel pour faire face à Taiwan (République de Chine). Cependant, quand il s’agit du Tibet, le gouvernement chinois n’a, ni utilisé le mécanisme constitutionnel accessible à sa disposition, ni montré la volonté politique de résoudre le problème de façon pacifique. De notre côté, nous considérons le fond comme primant sur le processus, et nous sommes prêts à nous engager dans un dialogue constructif, à tout moment et dans tout lieu.
Trouver une solution juste et durable à la question du Tibet est aussi dans l’intérêt du monde entier. Le Tibet, une des plus anciennes civilisations, est aussi considéré comme le troisième pôle compte tenu que ses glaciers alimentent les 10 réseaux fluviaux d’Asie. Cela contribuera à la paix et à la prospérité de plus d’un milliard de personnes en Asie qui vivent en aval et dépendent de l’eau du Tibet pour leur pitance. Une résolution rapide enverra le message adéquat et servira de modèle pour d’autres, luttant pour la liberté, puisque la lutte tibétaine est fortement ancrée dans la non-violence et de la démocratie. Dernier point, et non des moindres, la résolution de la question du Tibet pourrait être un catalyseur pour la modération de la Chine.
Nous exprimons notre plus profonde gratitude au généreux peuple indien et son gouvernement. Nous sommes également extrêmement reconnaissants à tous les gouvernements, organisations internationales, groupes de soutien au Tibet et sympathisants individuels à travers le monde pour leurs résolutions de soutien, leurs déclarations et leur aide indéfectible et généreuse. Parallèlement, nous pensons que le moment est venu pour les gouvernements et la communauté internationale de prendre des mesures concrètes afin de pousser les autorités chinoises à entamer des pourparlers sérieux avec leurs homologues tibétains.
Nous en appelons à la communauté internationale pour faire pression sur le gouvernement chinois afin de permettre au Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations-Unies, aux diplomates et aux médias internationaux de se rendre au Tibet. C’est la seule manière par laquelle la vérité et la gravité de ce qui se déroule au Tibet peuvent être dévoilées et les immolations pourraient donc prendre fin.
Le Kashag a déclaré 2013 « Année de solidarité avec le Tibet ». Chacun de nos nombreux événements est organisé de manière pacifique, légale et dans la dignité. Des milliers de Tibétains et d’amis Indiens se sont réunis à New Delhi le 30 janvier pour une campagne de masse d’une durée de 4 jours, organisée par l’Administration Centrale Tibétaine. Beaucoup de dirigeants indiens de premier plan et des représentants de divers partis étaient présents et se sont engagés pour l’action envers le Tibet. Les Tibétains et leurs amis en Europe organisent aujourd’hui à Bruxelles un rassemblement européen de solidarité pour le Tibet. Ce mois-ci, les Tibétains d’Amérique du Nord et d’ailleurs organisent les « Tibet Lobby Days ». Le cœur du message que nous demandons à tous de transmettre consiste en trois D : Décentralisation, Démocratie et Dialogue.
Les Tibétains traversent actuellement la période la plus sombre de leur histoire. Le caractère d’un peuple se définit par sa façon de réagir à l’adversité. Sous la direction éclairée de Sa Sainteté le grand XIVème Dalaï Lama, nous faisons face à ce défi avec une unité, une détermination et une dignité exceptionnelles. Je prie avec ferveur pour la longévité de Sa Sainteté le Dalaï Lama.
Je voudrais conclure en rendant de nouveau hommage à nos frères et sœurs du Tibet. Le Kashag est extrêmement reconnaissant aux Tibétains du Tibet et de la diaspora pour leur soutien et leur solidarité. Guidés par l’unité, l’indépendance et l’innovation, nous sommes déterminés à satisfaire les attentes de tous les Tibétains, de sorte à bientôt pouvoir goûter à la liberté et à la dignité que nous méritons et qui nous revient de droit.
10 mars 2013
Dharamsala (Inde)
 
 
 
 

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