Ani Patchen : La force de l’engagement spirituel, de la foi et de la confiance :

Née Princesse au Tibet, son combat contre les chinois, son courage, lui valurent le surnom de «  Jeanne D’Arc Tibétaine ». Ce fut l’une des invitées qui me marqua le plus. Elle participa avec le moine Matthieu Ricard à une émission « voix bouddhistes » en avril 2001 et tous ceux qui l’ont vu et écouté, s’en souviennent sans doute encore. Les témoignages des femmes et nonnes Tibétaines torturées et emprisonnées dans des prisons chinoises au cours des 50 dernières années, aident à mesurer la chance que nous avons, dans nos pays démocratiques, de vivre en étant libre de nos choix et opinions. Face aux horreurs et violences qu’elles subirent, nos plaintes habituelles, nos animosités quotidiennes, nos ressentiments paraissent dérisoires.

Chaque mot d’Ani Patchen demeure à jamais gravé en moi. Tous ceux qui côtoyèrent cette ancienne princesse tibétaine devenue une grande résistante pour combattre les Chinois, avant de devenir nonne quand elle rejoignit le Dalaï Lama en Inde, eurent envie de changer, de se transformer, de vivre chaque instant pleinement, en étant habités, comme elle, par cette lumière, cette grâce et cette sérénité uniques qui brillaient dans ses yeux et qui donnaient à son regard une puissance et une profondeur incomparables. La bonté qu’elle avait appris à éprouver pour ceux là même qui la torturèrent pendant 21 ans, l’acceptation et la compréhension qu’elle avait des épreuves subies au regard de sa pratique bouddhiste lui conféraient une joie de vivre et un enthousiasme inaltérables. La force de son engagement spirituel symbolisait ce que propose le bouddhisme en action quand on s’efforce d’incarner la compassion, le pardon, la non violence, et de comprendre les mécanismes de l’esprit de l’autre. L’autre qui était, pour elle, son geôlier et dont elle garda les traces des coups et des mauvais traitements dans son corps meurtri jusqu’à sa mort. Elle décéda des suites des sévices subies au cours de ces années passées en prison. Jamais, je ne l’entendis parler avec violence de ses anciens gardiens. Sa voix demeurait douce alors qu’elle racontait les tortures, les insultes, la recherche de vers ou d’insectes pour se nourrir, les maladies qui l’accablèrent. Quand on l’interrogeait, elle disait simplement les faits, habitée par une joie de vivre, une compassion et un amour bienveillants pour tous, qui forçaient l’admiration.

Voilà un extrait de notre rencontre:Voilà un extrait de notre rencontre:

« J’ai été torturée, j’ai eu des fers aux pieds pendant plus d’une année, j’ai passé neuf mois dans une totale obscurité mais j’ai pu cependant, progressivement, reprendre mes esprits et réfléchir à ce que représente l’impermanence, à la manière dont se manifeste l’interdépendance des êtres et des phénomènes et au fait que rien n’existe en soi. J’ai alors perçu qu’au-delà des pensées et émotions qui tourbillonnaient dans mon esprit, il existait une sorte de présence éveillée, une luminosité naturelle de l’esprit, qui, si nous la reconnaissons, nous libère du joug des pensées et émotions perturbatrices. En méditant sur cet aspect des choses, je suis devenue moins vulnérable aux souffrances physiques et mentales, aux hauts et bas de l’existence, à la colère et au sentiment d’injustice qui se levaient en moi quand mes souffrances devenaient intolérables. Grâce à cela, j’ai pu ensuite m’efforcer de me souvenir des milliers de tibétains qui étaient morts ou vivaient de semblables souffrances. En pensant à eux, j’ai appris à oublier mes souffrances. Ce qui me donna du courage pour développer une plus grande concentration et attention à ce qui se passait dans mon esprit. La concentration aide à maintenir un état de calme intérieur d’une grande stabilité. Cette sérénité aide à contrôler la peur. La peur est à l’origine de nos émotions négatives.

Ces épreuves ont fait croître en moi la volonté et la motivation à me libérer de la souffrance et de ses causes et d’aider les autres à faire de même. Nous sommes tous interdépendants. Nous possédons tous la nature de Bouddha y compris les geôliers qui nous contrôlaient. Nous devons considérer tous les êtres avec équanimité pour développer une compassion et une bienveillance authentiques. Et apprendre à pardonner pour ne pas laisser la haine et la violence nous manipuler.  Cela, je l’ai appris en prison et j’ai compris combien, quelles que soient les conditions que nous vivons, la vie humaine est précieuse car elle nous permet d’évoluer et d’aller vers toujour
s plus de paix si nous nous en donnons les moyens. Le savoir est source d’une grande joie et crée en moi un puissant enthousiasme qui m’aide à avancer et à faire face aux épreuves que je peux rencontrer. »

Passer de la théorie à la pratique : incarner ce en quoi, l’on croit, pour devenir, soi-même vivant:

Ani Patchen connaissait certains enseignements bouddhistes quand elle fut arrêtée mais la jeune femme ne les avait que peu mis en pratique. Ce qu’elle s’efforça de faire en prison afin de transformer son esprit et tenter de donner du sens aux horreurs qu’elle traversait. Pour bien des Occidentaux, elle demeure un exemple de ce que nous pouvons entreprendre dans nos quotidiens, dans des conditions relativement aisées et cela que l’on soit bouddhiste ou non. La force de cette spiritualité laïque prônée par le Dalaï Lama est en effet de conduire ceux qui souhaitent transformer leur esprit, à remettre en question leurs limites et certitudes en mettant, si possible, l’autre au centre de leurs préoccupations. Cela, sans s’oublier dans ce processus afin de développer la sérénité du cœur et de l’esprit et, la joie et l’enthousiasme qui confèrent une force intérieure réelle.

« La joie est un pouvoir, cultivez le » se plaît à répéter Tenzin Gyatso, prix Nobel de la Paix de 1989 lorsqu’il enseigne dans nos pays;
Chacun d’entre nous, peut, dès à présent, choisir de cultiver ce pouvoir du cœur et de l’esprit.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.